
Après trois mois et trois semaines sur notre plage nous avons quitté Montañita le 7 juillet au matin.
Nous avons pris un petit déjeuner tous ensemble pour fêter notre départ, mais aussi et surtout l’anniversaire de Julian, un des occupants des camions.



Nous étions émus et heureux. Émus de quitter ce lieu et ces personnes avec qui nous avons vécu une part significative de notre voyage ; et heureux d’enfin quitter notre prison (dorée). Nous avons ressenti un immense sentiment de liberté en prenant la route avec notre camping-car. Nous observions absolument tout sur notre passage car nous faisions nos premières découvertes depuis des mois et nous savions aussi que ce serait les dernières car nous étions en train de parcourir les 175 derniers kilomètres de notre année de voyage.


Nous étions un peu stressés de rejoindre une grande ville et de côtoyer plus de personnes nous qui vivions dans notre petit cocon depuis le début de la pandémie.
Nous sommes directement allés au parking d’une société de véhicules de transport touristique dans lequel nous avions prévu de stationner. La société était à l’arrêt nous étions donc très tranquilles. Nous y avons passé sept jours à tout nettoyer, ranger et à faire quelques réparations dans le camping-car.



Nous avons tenté de découvrir un peu la ville à vélo mais tout ou presque était encore fermé, y compris les parcs, les jardins et les promenades.
Des restaurants étaient tout de même ouverts, ainsi que les centres commerciaux et quelques boutiques.
Cela nous a semblé étrange de pouvoir faire les magasins après des mois en ayant fréquenté seulement le petit supermarché de Montañita.







Les mesures sanitaires sont très strictes et très respectées à Guayaquil. Il y a des marquages dans tous les lieux publics et établissements privés recevant du public au niveau du sol et sur les sièges afin de respecter la distanciation entre les personnes. À chaque entrée d’établissement et de centre commercial, dans chaque magasin, un garde prend votre température et vous désinfecte les mains avant d’entrer. Le port du masque est obligatoire partout, y compris pour les enfants.
Il faut dire que les habitants de Guayaquil ont vécu l’horreur durant les mois de mars et avril. La ville a été débordée par le nombre de malades et de morts. Les hôpitaux et les services funéraires n’ont pas pu faire face à la demande, obligeant des familles à entreposer les corps de leurs proches dans la rue car l’odeur devenait insoutenable dans leur habitation. Mais aujourd’hui, Guayaquil a le taux de contamination le plus bas d’Équateur.
Les deux derniers jours avant de livrer le camping-car au port nous avons logé chez une connaissance de mon frère car nous avions du mal à trouver un logement où nous pouvions garer le camping-car. En effet, il était indispensable que nous n’habitions plus à l’intérieur afin de pouvoir finir de le ranger
correctement, de pouvoir charger les vélos et tout arrimer.
Thomas a deposé le véhicule au port le 16 juillet. Un contrôle anti-narcotique a été effectué. Nous y sommes retournés le 17 pour le contrôle douanier. Après ces presque deux jours de démarches (et surtout d’attente…) le camping-car a été chargé sur son porte-conteneurs. En effet, pour le retour, le camping-car n’a pas fait le trajet dans un bateau RORO (Roll-in/Roll-off, c’est-à-dire rempli de véhicules). Nous avons choisi le Pacific Reefer car il était moins cher. L’inconvénient est que le camping-car a voyagé sur le pont du bateau, il a donc été davantage soumis aux embruns et à leurs effets néfastes. Cela dit, après près de quatre mois sur la plage, ce ne sont pas deux semaines en mer qui feront une grande différence…
Le bateau a largué les amarres le 18 juillet comme prévu.



Après cette mission accomplie, nous nous sommes mis en quête de billets d’avion. Le problème était que les vols commerciaux venaient tout juste de reprendre (début juillet) et que la France n’a ouvert ses frontières qu’à 15 pays pour le moment (en Amérique du Sud seulement à l’Uruguay). Il y a donc quelques vols vers l’Europe mais réservés aux résidents et ressortissants européens et certains sont annulés. Les prix sont exorbitants, nous visions un vol KLM à 1350 € par personne ! Nous n’arrivions pas à nous résoudre à dépenser une telle somme, nous regardions cinq/six fois par jour les sites des compagnies. Nous avons ensuite repéré un vol Iberia mais nous n’arrivions pas à le réserver et il était tout de même à 1000 €/pers. Et miraculeusement, après deux jours de recherches intensives et lors d’une énième tentative, le vol Iberia s’affiche à 650 €/pers et nous réussissons à le réserver !!!!
Nous reste plus qu’à acheter un vol Guayaquil/Quito et Madrid/Paris puisque le vol Iberia ne comprend que le trajet Quito/Madrid…
En effet, impossible de réserver depuis Guayaquil et seul KLM proposait une correspondance vers Paris. Nous devions donc effectuer trois réservations indépendantes et prendre le risque de perdre les autres si un vol avait du retard ou été annulé… Par précaution nous avons donc pris un vol Guayaquil/Quito presque 36h avant notre long courrier. Nous avions également le risque que l’un des deux chiens que nous transportions soit refusé à l’enregistrement d’autant que nous n’avons pas pu réserver leurs places lors de l’achat de nos billets. S’en est suivi de multiples et laborieux appels téléphoniques pour les ajouter à nos réservations et en ayant la confirmation de leur embarquement seulement à l’aéroport.
Nous avions deux chiens car nous avons raccompagné en France Neptuno, le chien d’une famille française qui voyageait en Équateur en véhicule comme nous et dont le vol de rapatriement qu’ils ont pris n’acceptait pas les animaux. Nous ne les connaissions pas physiquement, nous avions seulement échangé des messages d’informations au cours de notre voyage par l’intermédiaire de voyageurs en commun.


Le lundi 20 juillet au matin, nous nous sommes donc rendus à l’aéroport de Guayaquil pour notre premier vol. Impossible d’entrer dans l’aérogare sans effectuer un test de dépistage COVID au préalable. Une grande tente était installée sur le parking et en 15 minutes un test des IgG et des IgM a été réalisé gratuitement avec une gouttelette de sang. Nous étions tous les quatre négatifs, ouf ! Après une désinfection de tous nos bagages, de nos mains et une prise de température nous pénétrions enfin dans le terminal.


La distanciation dans l’aéroport est respectée à tout moment grâce au marquage sur chaque siège, chaque table et au sol jusqu’à notre installation dans l’avion. Il y avait même un employé qui circulait dans l’aéroport équipé d’un casque à visière détectant les personnes fiévreuses. À l’arrivée, tous les passagers devaient rester assis et le chef de cabine annoncait les deux demi-rangées autorisées à débarquer et ainsi de suite. Les hôtesses étaient équipées de masques, blouses, gants et visières, et nous n’avons pas eu de service. Avianca est la compagnie la plus rigoureuse que nous avons prise.
Nous avons ensuite passé notre dernière nuit sur le continent sud-américain dans un hôtel tout près de l’aéroport de Quito.
Il nous restait une formalité à accomplir pour Eko après avoir obtenu l’habituel certificat de bonne santé par un vétérinaire à Guayaquil. Dans un premier temps nous avons dû nous rendre dans une banque pour s’acquitter d’un paiement, puis à l’équivalent de notre ministère de l’agriculture (Agrocalidad) muni de tous les documents demandés afin d’obtenir le sésame autorisant la sortie du territoire de notre chien vers l’Europe.
Et voilà, après 11 mois et 10 jours sur le sol sud-américain nous sommes au dernier jour de notre voyage.






Thomas et moi n’avons quasiment pas fermé l’oeil malgré un vol de nuit.
S’en est suivi un fort désagréable moment à l’enregistrement de notre vol pour Paris. En effet, le responsable de l’enregistrement, vraisemblablement de mauvaise humeur ce jour là, soutenait que la cage soute de Neptuno n’était pas conforme, alors qu’elle l’était. Cela nous a pris environ une heure et beaucoup d’énergie pour obtenir gain de cause et après un contrôle minutieux des papiers des chiens nous avons enfin pu être enregistrés.
Ensuite, lors de notre embarquement sur notre dernier vol l’hôtesse de l’air m’a dit « laissez respirer vos filles » car je ne leur ai pas enlevé les masques qu’elles portaient, malgré sa remarque me spécifiant que ce n’était pas obligatoire pour les enfants de moins de 11 ans et que l’on respire mal dans un masque. À cet instant je me suis demandée si nous n’allions pas prendre un vol dans l’autre sens et retourner en Amérique du Sud. Jamais nous n’aurions eu ce genre de désagrément là-bas. On y entend sans cesse : « il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions » . Tout est simple, la personne en face de vous vous demande de quoi vous avez besoin et vous le fournit. Si elle ne peut pas elle vous envoie vers quelqu’un d’autre. On ne vous laisse quasiment jamais sans solution et les sud-américains ont vraiment le sens du service. En France (et visiblement en Espagne aussi) les échanges sont souvent pollués de remarques désagréables et inutiles, ce qui pourrait être simple est souvent compliqué inutilement. C’est ce qui nous a le plus frappé en rentrant. J’avais souvent entendu parler de la mentalité française en mal, sans vraiment comprendre, mais je comprends mieux aujourd’hui…
Après ce long périple, nous sommes donc arrivés en France le 22 juillet au soir.
La famille de Neptuno attendait leur chien impatiemment à l’aéroport après quatre mois de séparation !
La sœur de Thomas est venue nous chercher et des amis nous attendaient à l’appartement des parents de Thomas (où nous avons logé les premiers jours) avec le repas, des courses, du bon fromage, du champagne et un bon vin rouge !



Nous avons mis une dizaine de jours à nous remettre du décalage horaire (il y a 7h de moins en Amérique du Sud). Les réveils étaient très difficiles. Nous nous couchions vers 1h du matin pour nous lever vers 10h. Le deuxième jour a été le plus difficile, Noémie piquait du nez durant le petit-déjeuner !
Les filles ont noté des changements en France par rapport à l’Amérique du Sud. Léa était surprise que son père descende de la voiture à la station-service pour mettre l’essence lui-même ! Noémie nous réclamait du « vrai yaourt » , liquide et en bouteille. Quant à nous, nous trouvions toutes les voitures luxueuses et les gens très apprêtés ! Cela nous a également fait bizarre d’entendre parler français autour de nous. Du coup nous avions l’oreille attirée et nous écoutions toutes les conversations ! Nous prêtons également plus attention aux étrangers.
Après une dizaine de jours sur Paris et quelques repas entre copains nous avons commencé nos visites aux parents et frères. Les filles ont enfin pu revoir leurs cousins qui leurs manquaient beaucoup et ont été très heureuses de retrouver leurs jouets stockés chez Papi et Mamie.
Mais nous avons aussi déjà récupéré notre camping-car ! Le bateau est arrivé au port de Vlissingen aux Pays-Bas le 3 août.
Les filles ont été très surprises (et nous aussi) car nous leur avions annoncé que nous devions passer des frontières et elles s’attendaient à un passage long et compliqué à plusieurs bureaux (comme en Amérique du Sud) alors qu’en fait nous nous sommes aperçus que nous changions de pays seulement grâce à un petit panneau bleu du drapeau européen avec le nom du pays.
Il n’aura fallu au camping-car qu’une quinzaine de jours pour venir d’Équateur ! Nous avons d’ailleurs trouvé un article de presse parlant de notre bateau (le Pacific Reefer) car cette ligne quasi directe entre l’Équateur et Dunkerque a été très récemment ouverte afin de transporter rapidement des ananas. Sur notre bateau il y en avait 400 T. Notre transitaire ne nous a pas proposé de débarquer le camping-car à Dunkerque, peut-être que cela n’était pas possible.
Non seulement le bateau est arrivé à la date prévue mais en plus le camping-car est arrivé indemne (ou presque) ! Le marchepied ne fonctionne plus correctement depuis qu’un policier lors du contrôle anti-narcotique à Guayaquil est monté dessus alors qu’il était en position fermé. Nous n’avons pas encore eu le temps de regarder.
Nous n’avons eu aucune dépense supplémentaire à régler à Vlissingen et la récupération du véhicule a été extrêmement rapide. Nous sommes vraiment contents de ce shipping qui aurait pu être parfait sans le marchepied abîmé et le prix très élevé !

Qu’en est-il maintenant ?
Thomas a demandé sa mutation à Lyon au mois de juin mais nous n’avons toujours pas de réponse à ce jour. Nous n’avions pas envie de revenir à notre vie d’avant après avoir vécu cette expérience marquante.
Quant à moi, j’ai été convoqué à un entretien en visio par Air France durant le confinement. En effet, au mois de décembre j’avais postulé aux sélections dédiées aux anciens personnels d’Aigle Azur et de XL. J’ai passé mon entretien à 2h du matin (9h française) et j’ai été retenue. Malheureusement, la situation économique actuelle ne permet pas à Air France de prévoir des embauches à court terme, ma candidature est donc en attente jusqu’à d’éventuels besoins. Lors de l’entretien, la recruteuse m’a évoqué un délai d’intégration de deux à trois ans. Je continue donc de postuler pour retrouver un emploi d’hôtesse de l’air mais je vais en parallèle effectuer un bilan de compétences afin de m’orienter vers autre chose si cela n’aboutit pas.
À bientôt.
Bon épilogue ! Oui les français sont exécrables et certainement pas serviable mais surtout à Paris car à Troyes nous avons retrouvé justement ce que nous cherchions : la gentillesse, sourire et serviabilité !
Florence Haguenauer Sanchez
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